Entre société et individu : trois manières de réduire les tensions
Le congrès 2026 de la SSPPEA interroge la place de la psychiatrie et de la psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent entre les tensions de la société et de l’individu. Ces tensions s’observent dans des situations de soins concrètes : qui décide, qui choisit et quelle marge de manœuvre reste-t-il au jeune patient ou à son référent ?

Le cadre de soins doit protéger. Mais protéger ne signifie pas décider de tout à la place de la personne. Entre sécurité, autonomie et accompagnement, certains choix de conception peuvent faire évoluer cette frontière.
Chez Viacam Health, trois choix illustrent cette approche : le premier offre au patient la possibilité de faire des choix musicaux à l’aide d’un système conçu en privilégiant la sécurité. Le 2ᵉ choix consiste à utiliser un support que les jeunes apprécient : le jeu vidéo. Et le 3ᵉ choix a été de développer avec les personnes concernées par le produit. Ces choix sont détaillés ci-dessous.

1. Adapter la sécurité au contexte
Le système kTell Audio est conçu pour les environnements de soins sensibles : ses commandes sont protégées derrière une plaque de 12 mm de verre feuilleté et son intégration murale limite les possibilités de démontage ou de manipulation non autorisée.
Le système kTell Audio+ est d’une conception plus légère, avec tout de même 8 mm de verre feuilleté, et offre une interaction proche de celle dont nous pouvons bénéficier sur nos téléphones. Ce produit permet d’intégrer plus largement la musique dans l’environnement de soins, notamment dans des espaces conçus pour favoriser l’apaisement ou des espaces de partage.
Avec kTell Audio+, le patient peut choisir ce qu’il souhaite écouter parmi un plus large choix de playlists élaborées par l’équipe de The MusicStar. Cette idée de choix est au cœur des travaux menés en psychiatrie à l’université d’Aalborg. Le projet décrit par Lund, Bertelsen et Bonde vise notamment à permettre aux patients de choisir une musique adaptée à leurs besoins « ici et maintenant », en s’appuyant sur des playlists développées à partir de recherches en médecine musicale et en musicothérapie.

2. Commencer par une forme que les jeunes connaissent
Un dispositif destiné aux adolescents doit d’abord trouver sa place dans leur quotidien.
Groovy Park part d’une forme familière : le jeu vidéo. Il ne demande pas au jeune d’entrer dans un dispositif explicitement présenté comme un outil de soin. Il lui propose de jouer, de créer et d’explorer.
La musique constitue le cœur de l’expérience. Les joueurs peuvent composer individuellement ou ensemble dans plusieurs espaces du parc. Le jeu utilise également des interactions non verbales, comme les mouvements, les danses et les émojis, afin de permettre différentes formes d’expression.
Ce choix est important : l’expression ne passe pas nécessairement par la parole. Dans un contexte où communiquer ses émotions peut être difficile, créer ou interagir autrement permet d’avantage d’aller vers l’autre.
Il ne s’agit pas de présenter le jeu comme une thérapie, Groovy Park est conçu comme un outil d’accompagnement, qui peut trouver sa place dans des environnements de soins ou d’autres contextes où les jeunes ont besoin d’un espace d’expression, de création ou de lien.

3. Ne pas seulement concevoir pour les jeunes : concevoir avec eux
Le troisième choix concerne moins le produit que la manière de le développer.
Un univers imaginé par des adultes pour des adolescents risque de refléter la perception que les adultes ont de ce que les adolescents aiment. Pour Groovy Park, une grande partie du travail a été menée en co-création avec des jeunes et des professionnels de la santé mentale, de la musique et des sciences sociales.
Des jeunes de l’UHPA du CHUV et de l’Institut Maïeutique à Lausanne ont notamment participé au développement de l’univers du jeu. Ils ont pu réagir aux éléments proposés, les décrire et contribuer à leur évolution.
Cette démarche ne signifie pas que les jeunes décident seuls du produit : les objectifs en matière de soins, les choix techniques, les contraintes de sécurité et le développement restent du ressort des professionnels. Elle permet en revanche de déplacer le point de départ : les jeunes ne sont plus uniquement les destinataires d’un dispositif conçu pour eux, mais participent à sa conception.
Continuer la recherche pour réduire les tensions entre société et individu.
Ces trois approches ne suppriment ni les contraintes inhérentes à la psychiatrie, ni la responsabilité des équipes.
La décision de proposer un espace d’apaisement, de limiter l’accès à certains équipements ou d’intervenir dans une situation de crise appartient aux professionnels. Aucun dispositif ne peut, à lui seul, modifier cette réalité.
L’enjeu est ailleurs : une décision peut être partagée et permettre au jeune de faire un choix, une forme peut être familière et s’appuyer sur ses usages, et un produit peut être co-construit afin de donner à l’utilisateur final une place dans sa conception.
La recherche sur les interventions musicales apporte par ailleurs un argument supplémentaire en faveur de l’exploration de ces approches. Une revue systématique et méta-analyse publiée dans JAMA Network Open en 2022, portant sur 26 études et 779 participants, a associé les interventions musicales à des améliorations statistiquement et cliniquement significatives de la qualité de vie liée à la santé mentale. Les auteurs soulignent toutefois que les résultats varient selon les personnes et que les données disponibles ne permettent pas de déterminer quelle intervention ou quelle dose est optimale pour chaque contexte.
Ces résultats renforcent l’intérêt de poursuivre la recherche et l’expérimentation autour de la musique comme ressource complémentaire dans les environnements de soins.
Entre société et individu, il n’existe probablement pas de solution technique qui permette de faire disparaître miraculeusement la tension. Il existe en revanche des choix qui peuvent modifier, à petite échelle, la place laissée à l’individu.
L’auteur
Léonore Bornand
21 août 2026
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